Le premier Grand Forum Agencement et Contract a eu lieu à Paris les 28 et 29 novembre dernier. Le riche programme de ces journées a mis en évidence les nombreuses initiatives, soit sous la forme de plateformes numériques de mise en relation, soit sous forme de démarches environnementales de type RSE, location de mobilier ou aménagements faisant appel à l’upcycling, qui préfigurent des mutations à venir dans le secteur de l’aménagement des espaces partagés.

Pierre Haesebrouck (HASAP) et Philippe Denavit (Malvaux) présentent le Label Pro A.

 

Organisé par l’Ameublement français, en collaboration avec le French Design by Via dans leur immeuble commun du 120 avenue Ledru Rollin à Paris, le Grand Forum de l’Agencement et du Contract est le premier du genre. Réparti sur deux journées – la première consacrée aux mutations du métier d’agenceur le 28 novembre, et la seconde à celles qui touchent l’activité du contract le 29 – ce rendez-vous a été tout aussi innovant sur le plan du fond, que sur le plan de la forme : composé d’un grand nombre d’ateliers, animations, tables rondes, rencontres, retours d’expériences, sous forme d’agoras en libre accès, il a offert la possibilité aux quelque 200 participants de composer eux-mêmes librement leur programme, en fonction de leurs centres d’intérêt, tout en maintenant la possibilité de contacts informels à tout moment, une formule souple qui a fait l’unanimité*. Pour la première fois, les groupements des agenceurs, du contract, les éditeurs, les équipementiers et les sous-traitants de l’Ameublement français ont travaillé de concert, coordonnés par Philippe Jarniat, responsable de marchés à l’Ameublement français, l’architecte de ce concept inédit, pour établir ce programme, proposé dans une galerie du French Design by Via revisitée par le mobilier des éditeurs français en mode centre de coworking.

Présentation de la plateforme pour les poseurs par Coralie Lemaire (Lito Production) et Frédéric Sorret (HASAP).

 

L’agencement, un métier en mutation

Ce Grand Forum a tout d’abord montré, grâce aux nombreuses communications au programme, à quel point le métier d’agenceur est en pleine mutation. Il évolue notamment en raison des nouvelles réformes qui touchent à la formation. Christelle Roca-Priez, responsable du pôle social & formation de l’Ameublement français, avec Samuel Richard de l’Afpia Solfi2A et Gwénaël Gehin de l’Afpia Grand-est, ont expliqué tout ce qui est en train de changer, à la fois pour les entreprises – depuis le financement de la formation par une contribution unique « formation et apprentissage » jusqu’à la possibilité de conclure des contrats de professionnalisation « sur mesure » sur la base d’un parcours individualisé – et pour les salariés – monétisation du compte personnel de formation (CPF) calculé en euros et non plus en heures, disparition du congé individuel de formation (CIF) au profit d’un CPF de transition professionnelle, limite d’âge d’entrée en apprentissage portée à 29 ans révolus… – un ensemble de mesures ayant pour objectif d’élever le niveau moyen de qualification, et d’aller vers une « skilled nation » autrement dit un « pays de compétences ».

L’agencement doit aussi se positionner en réponse à la montée de l’upcycling ou économie circulaire. Telle est la conviction de Fabrice Poncet, créateur de l’entreprise d’agencement lyonnaise la Fabrique, qui met notamment ses compétences au service de l’Atelier Emmaüs, les deux partenaires produisant du mobilier à partir des matériaux collectés par l’association Emmaüs. Pour la Fabrique, cette initiative s’inscrit dans une démarche de responsabilité sociale et environnementale (RSE), qui prend en compte la responsabilité de l’entreprise vis-à-vis des effets qu’elle exerce sur la société, en intégrant les notions de gouvernance de l’organisation, de droits de l’homme, de relations et conditions de travail, ce qui se traduit notamment par le bénévolat des salariés au service de l’association solidaire. Pour l’agenceur lyonnais, encourager le bénévolat de ses collaborateurs, c’est s’engager pour la citoyenneté et l’intérêt général, et créer un nouveau modèle économique avec de nombreuses retombées vertueuses : pour l’entreprise, qui gagne en ancrage territorial et en image ; pour les collaborateurs, qui y trouvent une source de sens et d’implication ; pour le consommateur final des produits d’agencement, qui accomplit un acte généreux qui s’inscrit dans une relation de confiance ; et enfin pour l’association bénéficiaire, qui gagne de la notoriété, des nouveau donateurs, et une diversification de ses modes de soutien. Bien entendu, la démarche RSE a pour second pilier l’environnement, ce qui se traduit pour La Fabrique et l’Atelier Emmaüs par le réemploi des déchets collectés, par leur démantèlement et la création d’une matière première d’occasion qui est utilisée dans le cadre d’un design de récupération pour la fabrication de meubles revendus par l’Atelier Emmaüs. Sur l’échelle des bonnes pratiques environnementales, ce « réemploi » est une option fructueuse qui se situe à mi-chemin entre le moins souhaitable (dans l’ordre enfouissement, valorisation énergétique, recyclage en panneaux de process) et le plus souhaitable (réutilisation en l’état des déchets collectés, et réduction de la production neuve grâce à des produits résistants et durables).

Fabrice Poncet (La Fabrique) intervient sur le thème de la RSE.

 

Des facteurs de modernisation

Composé d’une myriade de petites entreprises, atomisées sur tout le territoire et réalisant par définition des projets d’aménagement personnalisés et sur mesure, l’agencement n’en est pas moins traversé par des mouvements de fond. Où ce secteur en est-il vis-à-vis du digital ? Pour le savoir, Nicolas Digaire, responsable du Pôle Innovation pour la seconde transformation du bois (Pibois) des Compagnons du devoir a restitué une étude réalisée par son organisme auprès de 576 entreprises d’ébénisterie, de charpente et de menuiserie, dont 23 % sont des entreprises d’agencement de différentes tailles, employant de 1 à 5 salariés (57 %), de 6 à 7 salariés (16 %), ou plus de 10 salariés (27 %). Parmi les nombreux indicateurs obtenus, on retiendra que les agenceurs affichent un bon niveau d’équipement numérique métier, par exemple 77 % d’entre eux sont équipés d’un centre d’usinage et/ou d’un robot de taille, et 78 % sont équipés d’un logiciel de dessin 3D. Les entreprises d’agencement sont par ailleurs bien équipées en matériel informatique – au minimum deux ordinateurs par entreprise – mais l’usage qu’elles en font est principalement orienté vers la comptabilité / gestion (93 %), suivis de près par la réalisation des plans de fabrication (79 %), tandis que la programmation machine arrive loin derrière (31 %). Cependant, l’étude révèle que c’est surtout en communication digitale que les agenceurs ont des progrès à faire, puisque seuls 46 % d’entre eux ont un site internet, seuls 33 % communiquent sur les réseaux sociaux, et seuls 21 % d’entre eux ont une stratégie de commerce digital. Plus de la moitié des agenceurs (60 %) considère cependant que le numérique est un enjeu stratégique.

Présentation de la nouvelle enseigne « éco-friendly » GREET par Frédéric Guéméné (groupe Accor).

 

La profession d’agenceurs s’organise aussi avec de nombreuses initiatives visant à leur donner accès à des services mutualisés, pour améliorer l’efficience de leur activité, ou pour aider les donneurs d’ordre à identifier les profils d’agenceurs dont ils ont besoin. Ainsi, Coralie Lemaire, gérante de Lito Production et Frédéric Sorret, directeur des achats de HASAP, ont présenté la plateforme mutualisée de techniciens poseurs, qui a été créée par l’association à laquelle ils appartiennent, l’Atelier des agenceurs Auvergne – Rhône-Alpes, avec un prestataire internet, LocallyTeams. Son objectif ? Être une plateforme B to B de mise en relation entre les entreprises de pose et les agenceurs, sur tout le territoire là où ils en ont besoin, et assurer un suivi des projets, tout en rationalisant le coût de recrutement des poseurs, et en fournissant une évaluation de leur travail. Une autre initiative mutualisée ? La plateforme Hopfab, présentée par sa directrice marketing et communication Tatiana Sachs, qui réunit plus de 300 artisans labellisés agenceurs, menuisiers, ébénistes, métalliers ou marbriers, au service des architectes et maîtres d’œuvres, pour leur permettre d’identifier le prestataire dont ils ont besoin pour leurs projets d’aménagement, en fonction notamment de leurs savoir-faire. Plus de 850 projets ont déjà utilisé cette plateforme. Dans le cadre de cette première journée consacrée à l’agencement, signalons aussi la présentation du Label Pro A, une initiative conjointe du groupement des agenceurs de l’Ameublement français et de la Chambre française de l’agencement (CFA), par son président et dirigeant du groupe HASAP Pierre Haesebrouck et Philippe Denavit, directeur général du groupe Malvaux. Ce label, qui est attribué aux agenceurs adhérents à l’une ou l’autre organisation, et répondant à un ensemble de critères administratifs et techniques, a pour but de permettre aux donneurs d’ordre d’identifier les compétences des agenceurs et leur aptitude à mener à bien les projets dans leur globalité et le respect des délais, tout en donnant une meilleure visibilité à cette activité.

Nicolas Digaire (Les Compagnons du devoir) restitue une étude sur les agenceurs et le numérique.

 

Contract : des alternatives aux agencements neufs

Les lignes bougent tout autant dans le secteur du contract, comme l’ont montré les interventions de la journée du 29 novembre. Les donneurs d’ordres des espaces tertiaires et de coworking, ou de l’hôtellerie, ont désormais à leur disposition des formules nouvelles, moins rigides qu’un aménagement classique qui a une durée de vie limitée dans le temps, et imaginent des solutions plus respectueuses de l’environnement. C’est le cas par exemple avec la société Ameublys, créée en 2012, qui propose des solutions de location de mobilier et accessoires pour les professionnels clés en mains, au départ pour les étudiants et les locations Airbnb, et désormais pour l’hôtellerie. Comme l’expliquent Aldric Bluteau et Bérangère Pommier, respectivement président et chef de projet contract de l’entreprise, Ameublys a mis au point une formule globale pour l’équipement de l’hôtel qui inclut un bureau d’étude pour élaborer le projet, un pack produits – mobilier, accessoires, literie, électroménager, etc. avec des offres complètes par niveau de gamme et style – et un ensemble de services, incluant la livraison et l’installation des aménagements, sans oublier l’entretien et le renouvellement du matériel tous les 5 ou 7 ans, dans le cadre du contrat de location, ce qui permet d’être toujours en phase avec les tendances de la décoration. Une formule alternative à l’achat, qui relève d’une économie de la fonctionnalité et circulaire, puisque le loueur s’engage à optimiser la durée de vie de chaque produit en lui assurant une seconde vie ou en le recyclant s’il n’est pas récupérable en fin de location. Il est à signaler que Ameublys travaille avec des entreprises françaises, trois partenaires – le groupe Malvaux, la menuiserie Simonetti et Ligne Roset Contract, avec l’accompagnement de l’Ameublement français – et un ensemble de fournisseurs fabricants de référence, de Tolix à Fermob, de Hartô à Temahome.

La seconde initiative présentée est plus significative encore, puisqu’elle émane d’un leader mondial de l’hôtellerie, le groupe Accor, qui a lancé en septembre dernier une nouvelle enseigne d’hôtels « éco-friendly », GREET, qui sera agencée avec des meubles de seconde main issus de la récupération. Ce concept innovant est basé sur l’idée de « seconde chance », à savoir le fait de créer une hospitalité positive, en donnant une seconde vie aux gens, aux lieux et aux objets en valorisant leur passé pour raconter une nouvelle histoire. Les hôtels GREET apporteront à leurs clients une nouvelle convivialité, avec par exemple des formules de restauration adaptées à chaque moment de la journée, ou une boutique proposant des produits « verts » et locaux, dans des espaces communs au design créatif qui intégrera des produits de seconde main dépareillés. De même, les chambres seront éco-conçues, en privilégiant le local, le recyclable, voire le recyclé. Comme l’a indiqué Frédéric Guéméné, directeur design & services France d’Accor, une dizaine d’établissements de ce type sont en préparation en France, et le groupe projette d’en ouvrir plus de 300 en 10 ans dans toute l’Europe. Ce projet nécessite la mise en place d’une organisation spécifique pour l’agencement des hôtels, qui s’appuie sur les partenariats avec l’Ameublement français, les éco-organismes Valdelia et Eco-mobilier, et tout un écosystème de bureaux de design, fabricants de mobilier et start up, pour créer les aménagements à la fois vertueux et séduisants qui meubleront les hôtels de la marque. Peut-être le début d’une petite révolution dans l’agencement du secteur hôtelier.

 

*Toutes les communication sont consultables sur le site www.ameublement.com dans la partie réservée aux adhérents.

 

[François Salanne]

 

[Zooms]

Trophées de la cotraitance 2019 : trois lauréats au palmarès

Philippe Jarniat et Cathy Dufour (déléguée générale de l’Ameublement français) ont remis les Trophées de la cotraitance, organisés par l’Ameublement français, qui récompensent chaque année les meilleurs cotraitants du secteur, aux trois lauréats de 2019 :

-SACMA Furiana, qui a réalisé pour la société SOA Agencement des aménagements de salles de vidéo-surveillance à distance de grandes infrastructures ou de la voie publique, des locaux à enjeux de de sécurité qui exigent une grande rigueur d’exécution. Implantée à Saint-Etienne (Loire), SACMA Furiana est une entreprise de menuiserie industrielle qui emploie 35 salariés et dispose d’un bureau d’études et d’un parc machine ultra-moderne pour réaliser des agencements en petite, moyenne, grande série et sur mesure.

– Baudry, pour l’édition de la collection exclusive d’accessoires de présentation et de service en bois – planches, porte-verres… – créée par le designer Bruno Lefebvre et lancée sous sa marque propre Le Régal. Implantée à Torfou (Maine-et-Loire), Baudry emploie 75 collaborateurs, et propose ses savoir-faire dans l’usinage et l’enrobage du bois sur les marchés de l’agencement, du bâtiment, des transports, et du design d’objets.

– ACTA Mobilier, récompensé pour les façades innovantes en finition béton – avec une laque métal ou avec effet ligné – destinées notamment aux portes de cuisine, qui ont été lancées lors du salon Interzum de Cologne en mai 2019, où elles ont obtenu un Interzum  Design Award chacune. Implantée à Monéteau (Yonne) où elle emploie 160 collaborateurs, ACTA Mobilier a un double savoir-faire en agencement et en façades de cuisine.

Les trois lauréats entourés de Cathy Dufour et Philippe Jarniat.

 

Table ronde autour du livre « Patrimoine(s) »

A l’occasion de ce Grand Forum, l’Ameublement français a procédé au lancement du livre Patrimoine(s), qui rend hommage à une vingtaine de projets de reconversions architecturales et d’aménagements intérieurs d’édifices patrimoniaux, réalisés par des fabricants ou agenceurs d’excellence, adhérents à l’Ameublement français. Ce lancement a donné lieu à une table ronde réunissant des acteurs du patrimoine, de l’architecture d’intérieur, de la création et de la fabrication, qui se sont accordés sur l’importance de respecter les bâtiments patrimoniaux comme un trésor, et de s’appuyer sur leur histoire pour réinventer les aménagements et la décoration d’aujourd’hui et de demain.

De gauche à droite : Julien Guinhut, directeur de la communication de la Fondation du patrimoine, Jean-Philippe Nuel (architecte et designer), Borina Andrieu (directrice du cabinet d’architecture Willmotte et Associés), Bernard Reybier (président du French Design by Via) et Philippe Moreau (président de l’Ameublement français).

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