Le paysagiste Gabriel Rochard et ses collègues ont détourné le concept du jardin de l’hôtel particulier pour aménager un écrin vert de semi-ombre qui souligne la beauté des lieux. 

Atelier Gabriel

 

Le cadre très urbain que ce jardin de 300 mètres carrés rend d’autant plus magique l’atmosphère de cet hôtel particulier de l’époque romantique, bâti en 1820. Ce jardin se trouve au cœur de la Nouvelle Athènes, dans le IXe arrondissement de Paris. Ce quartier lié au mouvement romantique, un temps fréquenté par Gustave Moreau, Eugène Delacroix, Paul Gauguin, George Sand et Claude Monet, est riche de magnifiques hôtels et d’immeubles patriciens.

Atelier Gabriel

 

La cliente, qui a vécu à Kyoto, est sensible aux ambiances, et elle souhaitait se promener et recevoir ses amis dans ce lieu. Ce jardin d’une belle superficie offre un espace de sérénité et d’intimité. Des dalles de schiste invitent à la déambulation. Au fond du jardin
se trouve une petite chambre de repos où déguster un thé et écouter le chant des oiseaux ; en effet, des merles mais aussi des rouges-gorges égaient les lieux. Dessiné à quatre mains avec Olivier de Vleeschouwer, ce jardin a été réalisé par Gabriel Rochard et son équipe de l’Atelier Gabriel. Ces derniers en assurent l’entretien chaque semaine. « La pression jardinière est optimale », admet-il. Mis à part des ifs et des lierres taillés en coussin, les paysagistes ont recréé la campagne en plein Paris. « Nous n’avons pas touché à la strate arborée, la cliente voulait embrasser la nature depuis chez elle. Nous avons eu envie de détourner le concept du jardin de l’hôtel particulier, avec un aménagement libre. »

Atelier Gabriel

 

Le parti pris était très clair : utilisation de lignes et de matières intemporelles, pas de gazon, des formes naturelles
– hormis quelques topiaires –, et recours à des matériaux naturels et à des végétaux produits en plein champ en France. Les arbustes y poussent donc en forme libre, les matières sont douces, avec quelques pointes de bleu et de blanc dans un univers de vivaces adaptées à la semi-ombre. Une vingtaine d’espèces d’hortensias, de nombreux iris de Sibérie, des cyclamens mais aussi des fougères composent désormais une scénographie
champêtre et sophistiquée, en rapport avec le caractère apaisé de l’endroit.

Atelier Gabriel

 

La cliente, qui a laissé les mains libres aux paysagistes pour choisir la palette végétale, était néanmoins très attentive à l’utilisation privilégiée de matériaux naturels. Trouver la bonne teinte des briques exige du temps, mais c’est le genre de détails qui font « que les choses se
révèlent avec lenteur », explique Gabriel Rochard. Celui-ci a opté pour des rameaux de feuillus broyés en guise de paillage pour conférer un aspect forestier au jardin, le registre qui lui convient le mieux. Le sol, à l’origine très appauvri, se trouve nourri des apports de terre effectués durant le chantier et de la gestion différenciée appliquée depuis au jardin : les feuilles sont compostées sur place et ne sont enlevées que le long des chemins. Le soir venu, cinq zones d’éclairage permettent de jouer sur les expériences visuelles : à la maîtresse des lieux de mettre en lumière ce véritable sous-bois au cœur de la Nouvelle Athènes.

[Texte : Nathalie Degardin / Réalisations et photos : Atelier Gabriel]

Atelier Gabriel

 

[Entretien]

Gabriel Rochard : « La plante est au cœur du projet, c’est par elle que tout commence. »

L’Atelier Gabriel se positionne en tant qu’agence d’architecture paysagère au service des projets les plus polymorphes. Jardins secs dans les Alpilles pour des particuliers, terrasses pour sièges sociaux parisiens, identité paysagère d’une commune : les projets sont nombreux et diversifiés. Rencontre avec un paysagiste passionné.

« Je voyage beaucoup pour aller voir par moi-même l’habitat naturel des plantes que j’intègre dans mes projets. J’aime les Alpes japonaises, la partie subtropicale de l’archipel mais aussi le Pacifique sud. Je ne suis pas un fervent de l’endémisme total dans mes créations. Cela m’intéresse de voir comment des plantes exotiques s’acclimatent dans la région parisienne. Je choisis également des plantes issues de pépinières franciliennes. Nous n’apportons jamais de tourbe ni de terreau. Nous essayons d’avoir une approche humble, comme le dit Gilles Clément, l’idée, c’est de “faire le plus possible avec, le moins possible contre”. La difficulté de l’exercice tient à notre activité, très centrée sur des lieux urbains hors sol, fortement dépendants de l’eau. J’ai grandi en Nouvelle-Calédonie. Les parfums, la terre rouge, la violence des éléments, l’eau, le ciel, le sable, les plantes à 80 % endémiques, tout y est si différent, contrasté. Cela m’a profondément marqué. Puis, en métropole, je
m’échappais de Paris pour passer le week-end dans la maison de campagne de ma grand-mère, dans les Yvelines. J’y ai été éduqué aux saisons. Ma tante avait son potager, c’était très pédagogique. Je suis imprégné de tout cela. Mais être paysagiste me paraissait seulement être un hobby, pas un métier. J’ai donc travaillé dans le monde du marketing pendant dix ans avant d’effectuer ma reconversion à l’École nationale supérieure de paysage de Versailles. Il y a eu en effet une forme d’évidence à revenir vers un métier de passion. J’ai commencé à travailler pour Louis Benech, j’ai appris, beaucoup écouté, puis j’ai voulu décider de mes propres créations. Je n’ai pas un style de paysage en particulier, mais on peut dire que la plante est au cœur du projet, c’est par elle que tout commence. Je réfléchis à la façon d’apporter de l’aventure botanique dans un jardin. Je suis en lien avec les pépinières de collection, c’est une particularité de l’Atelier. Nous donnons la possibilité à notre clientèle d’avoir des plantes rares. Pour le jardin de l’hôtel particulier, j’ai trouvé des hortensias rares, comme l’Hydrangea ‘Mikamba’. La plante est ravissante, vernissée. Nous enrichissons la palette avec ce type de découvertes. L’Atelier Gabriel est composé de trois personnes, dont Thomas, architecte paysagiste diplômé de Versailles après une formation d’écologue, et Thomas, également, qui a étudié à Versailles après une maîtrise de géographie. Nous sommes à la fois architectes et jardiniers, c’est-à-dire que nous concevons, nous dessinons et nous assurons l’entretien des projets réalisés. Actuellement, nous travaillons à la réalisation du jardin d’une maison de luxe, en plein Paris, un autre projet enthousiasmant. »

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